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Esquif le plus exquis, le plus extravagant
Que la marina de Repentigny héberge
Il rutile au soleil, hautain contre les berges
L’immense et fabuleux yacht des Cowboys Fringants
À l’intérieur,
nos cinq Crésus de la Rive Nord
Abrutis de caviar, d’escortes et de poudre,
Eux qui ont tant d’argent, s’acharnent à résoudre
Cet épineux problème : comment en faire encore?
Un des nababs s’écrie:
« J'ai une idée géniale...
Puisque la gratuité est un anachronisme
Facturons donc nos fans pour leur patriotisme
Faisons nos choux gras de la Fête Nationale!
Il faut que ces St-Jean trop
socialistes cessent
Donc, moins de fleurs de lys, plus de signes de piastre
Le vieux Vigneault ennuie, il est temps qu’on remplace
Sa voix éraillée par le tintements des caisses
Donnons à ceux qui sont
en moyens une fête
Digne de leur pécule et gardons une saine
Distance entre nous et ceux qui n’ont pas une cenne
Oui, abandonnons la plèbe à Normand Brathwaite »
Sceptique, un des Cowboys à
haute voix s’inquiète :
« Mais le vingt-quatre juin, avec tous ces spectacles
Gratuits un peu partout, risque-t-on la déblâcle?
La faillite et la ruine? L’opprobre? La disette? »
On lui répond : «
Voyons! L’affaire est dans la poche!
Le bon peuple à nos pieds ouvrira ses goussets
Et la fête sera un éclatant succès
Qui fera se gonfler nos cœurs et nos sacoches »
« Hourra! » explose
alors l'affreux quintette en liesse
Et on les entendit plus loin que Charlemagne
Toute la nuit fêter dans un flot de champagne
La naissance de la St-Jean à deux vitesses
Texte de SERGE ROBERT (Mononc'
Serge)
©2005 SERGE ROBERT
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