Dans ce monde qui vénère le bruyant et l‘extrême
Quoi de plus dissonant qu’un délicat poème
Quand tous n’en ont que pour les muscles de Rambo
On laisse à leur poussière les recueils de Rimbaud
Mais moi, j’n’ai que mépris pour l’inculture
des rustres
J’applaudis chaque effort pour redonner du lustre
À cet art que Verlaine et tant d’autres grands hommes
Maniaient avec génie, mais qui s’en va s’a bum
Aussi lorsque j’appris profondément ému
Qu’à Québec des milliers de gens gagnaient les rues
En prenant pour slogan un vers de Paul Éluard
Je pensai : « Poésie, il te reste un espoir »
Le cœur battant, je pris le train en catastrophe
Pour grossir les rangs de ces amateurs de strophes
Ils étaient 50 000 bouillant d’indignation
À scander «Libarté! Partout je crie ton nom!»
Pourquoi donc ces poètes étaient-ils en colère?
Le rimeur n’est-il pas paisible et solitaire?
C’est qu’on voulait fermer, à ce que j’ai compris
Une station de radio vouée à la poésie
Comme le résume si bien (et en alexandrin)
Un des manifestants sa pancarte à la main
« Les bureaucrates à marde vont pas nous baillonner
On s’laissera pas farmer par le CLSC »
Oh! Peut-être avez-vous à certaines occasions
Entendu dire que cette station n’est pas éthique
C’est ce que l ‘on entend parfois quand l’émotion
Étrangle la voix qui clame qu’elle est poétique
Mais hélas, comme toujours le fiel, la calomnie
Sont le lot de ceux qui soutiennent la poésie
Partout les oppresseurs s’emploient à étouffer
Le brasier salvateur de toutes les libartés
Pour les gens de Québec, ne reste qu’une solution
C’est que la capitale fasse enfin sécession
La ville pourra enfin vivre à fond ses valeurs
Avec ses réseaux de prostituées mineures
Ses radios, son château, ses plaines, etc.
Ce s’ra enfin la Libarté a’ec un grand A